Sporting Olympique Avignonnais : un siècle de résilience et de gloire
Dans les coursives du Parc des Sports, le vent emporte parfois l’écho des chocs d’antan. Le Sporting Olympique Avignonnais (SOA), plus communément appelé les « Bisons », n'est pas qu'une ligne sur un palmarès. C’est une épopée française. Depuis plus de huit décennies, ce club incarne la résilience d'un sport, le rugby à XIII, et l'identité profonde d'un département, le Vaucluse, dont il est le plus prestigieux ambassadeur ovale.
La genèse : de l'ombre à la lumière (1916 - 1944)
L'histoire du SOA commence en 1916, au cœur de la Grande Guerre, sous les couleurs du rugby à XV. Mais le véritable acte de naissance du « mythe » intervient à la Libération. Le rugby à XIII, interdit et spolié de ses biens par le régime de Vichy en 1940, renaît. Avignon, ville de caractère et de frondeurs, choisit son camp en 1944 : elle sera treiziste.
Ce choix n'est pas anodin. Il marque le début d'une aventure humaine où le professionnalisme avant l'heure, la rapidité du jeu et le combat physique total vont séduire le peuple avignonnais. Dès lors, le SOA devient le point de ralliement d'une cité qui se reconnaît dans les valeurs de courage et de solidarité propres au « code 13 ».
L'âge d'or et l'envol des Bisons (1950 - 1960)
Les années 50 marquent l'entrée du club dans la légende. Sous l’impulsion de dirigeants visionnaires et d’une génération de joueurs d’exception, Avignon devient la capitale du XIII français. En 1955, le club réalise un exploit retentissant en s'offrant son premier titre de champion de France de première division, doublé d'une Coupe de France (le trophée Lord Derby).
C’est l'époque où le stade de Saint-Ruf gronde à chaque charge. Les joueurs sont des héros locaux. Le SOA n'est plus seulement un club de ville, il devient une institution départementale qui draine des supporters de tout le Vaucluse, de Cavaillon à Carpentras.
Les années de résistance et le renouveau (1970 - 2000)
Comme toute légende, le SOA a connu ses zones d'ombre, ses crises financières et ses relégations. Mais là où d’autres auraient disparu, Avignon a toujours puisé dans sa formation pour survivre. Le « sang bleu et blanc » se transmet de père en fils. Les années 80 voient le club remporter deux Coupes de France (1982 et 1989), prouvant que l’ADN de gagneur est toujours présent.
Le passage au XXIe siècle est celui de la structuration. Sous l’égide de présidents passionnés et grâce au soutien indéfectible de la municipalité et du Grand Avignon, le club se modernise. L'école de rugby devient l'une des plus réputées du pays, fournissant un flux constant de talents aux sélections nationales et aux franchises professionnelles.
2018 : l'apothéose moderne
Le 1er juillet 2018 reste une date historique. Soixante-trois ans après son premier sacre, le SOA remonte sur le toit de la France en battant Limoux en finale du championnat Elite 1. Ce titre, couplé à une ferveur retrouvée, confirme que le géant avignonnais n'est jamais aussi dangereux que lorsqu'on le croit endormi. En 2022, une nouvelle Coupe de France vient garnir l'armoire aux trophées, asseyant définitivement le club comme une place forte du sport moderne.
Le Panthéon des Bisons : les visages de la légende
On ne peut raconter le SOA sans citer ceux qui ont écrit ses pages avec leur sueur et parfois leur sang. Ces joueurs ne sont pas passés par Avignon, ils y ont laissé une trace indélébile.
Jacques Merquey : l'icône absolue. Capitaine de l'équipe de France, il était surnommé le « Magicien ». Sa vision du jeu et son élégance ont fait de lui l'un des plus grands joueurs de l'histoire mondiale du XIII. Il est le symbole de l'excellence avignonnaise des années 50.
Jean-René Ledru : un colosse, un centre aux cannes de feu qui a terrifié les défenses adverses et porté haut les couleurs du SOA et du XIII de France lors des tournées en Australie.
Patrick Entat : demi de mêlée de génie des années 80 et 90, il a été le métronome du club. Son intelligence tactique et son leadership ont permis au SOA de rester compétitif dans les moments difficiles.
Renaud Guigue : formé au club, il a brillé sur le terrain avant de devenir l'architecte du titre de 2018 en tant qu'entraîneur. Il incarne la fidélité et la transmission.
Tony Gigot : l'enfant prodige. Formé à Avignon, il est devenu une star internationale, premier Français à remporter le trophée de « l'homme du match » (Lance Todd Trophy) en finale de la Challenge Cup à Wembley. Malgré sa carrière internationale, son cœur est resté bleu et blanc.
Pourquoi le SOA est-il légendaire ?
Une résilience politique et sociale : le rugby à XIII a été persécuté au cours de l'histoire. En restant fidèle à ce code, le SOA a porté une forme de résistance culturelle.
Être treiziste à Avignon, c'est revendiquer une différence, une certaine idée du rugby : plus rapide, plus spectaculaire, plus populaire.