Interview : Guillaume Desmarets, directeur de l'Aéroport d'Avignon.
Placé idéalement entre Luberon et Alpilles, à portée d'aile de la mer comme de la montagne, l'aéroport d'Avignon bénéficie d'excellentes conditions pour voler plus de 300 jours par an.
Pouvez-vous nous décrire l'importance de l'aéroport d'Avignon et ses activités principales ?
Guillaume Desmarets : l'aéroport d'Avignon a une grande importance dans le paysage économique du département de Vaucluse car nous y concentrons à la fois de l'aviation d'affaires, de la formation aéronautique et de la maintenance ainsi que de l'aviation privée. L'aéroport d'Avignon se développe quotidiennement et nous sommes fiers car nous sommes passés de 59 000 mouvements sur la plateforme en 2022/2023 à plus de 64 000 en 2024/2025, démontrant ainsi notre importance dans le paysage aéronautique régional et national !
Quelle est l'histoire de cet aéroport ?
Guillaume Desmarets : tout commence dans l'entre-deux-guerres, en 1937. À l'époque, l'aviation est une promesse de liberté et a le vent en poupe partout en France, Avignon n'y échappe pas. Après les soubresauts de la Seconde Guerre mondiale et l'occupation par l'armée allemande, le site de Caumont devient petit à petit le poumon économique du Vaucluse.
Durant trois décennies, l'aéroport vit son âge d'or et sur le tarmac, les appareils d'Air Littoral, entre autres, enchaînent les rotations vers Paris-Orly, repris par la suite par la compagnie Air France via ses régionales (Britair, Régional et Airliner). Pour les chefs d'entreprise locaux et les têtes d'affiche du Festival « prendre l'avion à Caumont » est un automatisme. En 2001, le TGV Méditerranée arrive en gare d'Avignon TGV et place la cité des Papes désormais à moins de trois heures de la capitale, et de façon décarbonée car électrique. Les chiffres sont alors sans appel : la fréquentation chute, les lignes domestiques ferment les unes après les autres.
La plateforme se tourne alors vers des destinations de niche, en s'appuyant à la fois sur des compagnies premium et des transporteurs à bas coûts, et ouvre des liaisons vers la Corse, les Pays-Bas, l'Écosse, la Belgique et l'Angleterre. Les mutations du secteur aéronautique contraignent dès lors certaines compagnies à fermer, tandis que d'autres doivent se réorganiser et repenser leur stratégie.
Plutôt que de dépérir, Avignon choisit la métamorphose. Sous l'impulsion de la Région et de la Chambre de Commerce et d'Industrie, actionnaire majoritaire, l'aéroport renonce ainsi à la course au volume pour privilégier une stratégie fondée sur l'excellence et la spécialisation. S'appuyant sur les projets d'évolution de son domaine, il met notamment en place la pépinière d'entreprises Pégase.
Quelles sont les compétences qui font les forces et l'attractivité de l'aéroport d'Avignon ?
Guillaume Desmarets : la force du Vaucluse est déjà son climat et sa beauté. En effet, placé idéalement entre Luberon et Alpilles, à portée d'aile de la mer comme de la montagne, notre aéroport bénéficie d'excellentes conditions pour voler plus de 300 jours par an, ce qui est idéal pour la formation de jeunes pilotes qui fréquentent l'aéroclub et les quatre centres de formation ou écoles dédiées au pilotage qui ont choisi Avignon pour s'y installer et qui constituent désormais un pôle d'excellence reconnu dans ce domaine.
Par ailleurs, l'une de nos forces réside dans la discrétion associée à une localisation idéale. Cette combinaison nous permet d'accueillir de nombreux jets privés, même si l'identité de leurs passagers reste, bien entendu, confidentielle.
L'Aéroport d'Avignon est aussi devenu un pôle d'excellence qui accueille de nombreuses entreprises spécialisées comme Airtelis, RTE, Borghino ainsi que des start-ups prometteuses tournées vers le monde aéronautique. Derrière les grillages, ce sont désormais des mécaniciens de haute précision et des futurs pilotes de ligne (via des écoles comme Airways Aviation et Hub'Air Academy), des ingénieurs, des techniciens et des artisans qui font aussi battre le cœur du site.
Et nous ne devons pas oublier l'activité médicale puisque notre aéroport a réalisé 27 missions sanitaires en 2025, allant de l'EVASAN (évacuation sanitaire) au transport d'organes pour des greffes, en profitant de sa position centrale dans le couloir rhodanien.
Comment l'aéroport interagit-il avec les acteurs locaux ?
Guillaume Desmarets : nous travaillons de concert avec de nombreuses institutions comme la ville d'Avignon, le Grand Avignon, le Département de Vaucluse ainsi que la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, afin de faire rayonner le 84 via notre activité et le rendre attractif, tout en étant très attentifs aux communes limitrophes pour les gênes occasionnées.
De plus, l'attractivité de la zone est aussi réelle grâce à l'implantation de 3 restaurants ainsi que d'un hôtel à la périphérie immédiate de l'aéroport.
Enfin, les retombées économiques de l'aéroport, toutes confondues, sont importantes et estimées à 65 millions d'euros en 2022. Cela prouve donc que notre plateforme est un acteur majeur du département. Aujourd'hui, ce sont plus de 1 500 emplois directs et indirects qui gravitent autour de cette zone, faisant de l'aéroport d'Avignon un moteur économique qui tourne à plein régime, bien loin des radars du trafic commercial traditionnel. C'est donc tout un écosystème qui s'est développé et qui a un impact direct sur le territoire.
Quelles sont les forces du Vaucluse dans le secteur aéronautique ?
Guillaume Desmarets : comme dit précédemment, la localisation d'Avignon est un atout indéniable pour l'aéronautique. Terrain idéal pour la formation des jeunes pilotes, Avignon dispose d'une météo permettant 300 jours de vols sans soucis.
De plus, dans le milieu des années 2000, le site a fait un pari audacieux : développer et dynamiser la zone d'activité aéroportuaire en créant une pépinière d'entreprises, capable d'accueillir et d'accompagner diverses start-ups en lien avec le secteur de l'aéronautique.
Baptisé Pégase, ce pôle de compétitivité, initialement sous la gestion du Pôle SAFE (Security and Aerospace Actors for the Future of Earth), a transformé la zone aéroportuaire en un « campus » industriel où cohabitent ingénieurs, pilotes et chercheurs, créant ainsi un écosystème dédié à la surveillance et à la sécurité. L'aéroport s'est vu confier la gestion de Pégase en 2023. Désormais sur la plateforme aéronautique d'Avignon, on construit des outils de précision destinés à :
- La surveillance du territoire : c'est ici que sont optimisées les technologies de lutte contre les incendies de forêt, un enjeu vital pour la région Sud.
- L'avènement du drone : le pôle est devenu une rampe de lancement pour des start-ups spécialisées dans l'imagerie aérienne, la surveillance des infrastructures sensibles, l'utilisation à des fins agricoles et le transport inter-hôpitaux.
- La maintenance de pointe : le site est la base mère des Services de Travaux Héliportés (STH), service de RTE (Réseau de Transport d'Électricité), une fonction stratégique qui surveille et assure la maintenance des milliers de kilomètres de lignes haute tension à travers l'Hexagone.
Contrairement à une zone industrielle classique, les entreprises ici ont un accès direct au tarmac. Pour une start-up développant un nouveau capteur ou un prototype d'avion électrique, pouvoir sortir de son atelier et décoller en quelques minutes est un luxe opérationnel rare en Europe.
À quoi ressemblerait un Vaucluse plus attractif aéronautiquement parlant ?
Guillaume Desmarets : nous souhaiterions renforcer l'attractivité de notre structure sur le territoire en accueillant davantage d'entreprises innovantes et performantes. Cette ambition est d'autant plus réaliste que nous avons encore du foncier disponible, permettant l'implantation de nouvelles sociétés et le développement d'activités liées au secteur aéronautique.
Quels changements aimeriez-vous voir émerger pour rendre l'aéroport d'Avignon plus attractif ?
Guillaume Desmarets : ce ne sont pas des changements mais une continuité dans notre volonté de RSE (responsabilité sociale et environnementale) qui a débuté par le non-emploi de produits phytosanitaires, la protection d'espèces protégées comme l'outarde canepetière ou encore l'écopâturage en bordure de piste.
De plus, nous mettons en place des mesures environnementales et incitons nos usagers à se conformer aux normes Calipso notamment, démarche environnementale non obligatoire très spécifique qui concerne les nuisances sonores. La direction peut, par exemple, accorder des réductions de redevances d'atterrissage aux avions classés « A », ou restreindre les créneaux horaires des avions les plus bruyants (classe D) durant le week-end. Calipso n'est pas une obligation légale de silence absolu, mais un contrat de confiance.
L'aéroport d'Avignon s'est engagé dans une démarche volontaire de certification ACA (Airport Carbon Accreditation), programme international visant à réduire et à mieux maîtriser l'empreinte carbone des plateformes aéroportuaires. À ce jour, notre plateforme est certifiée niveau 2, qui correspond à la mise en œuvre d'actions concrètes de réduction des émissions de CO₂.
Nous ambitionnons désormais d'atteindre le niveau 3 d'ici 2026, une étape supplémentaire qui implique une gestion encore plus avancée des émissions carbone, notamment à travers l'implication des partenaires présents sur la plateforme (entreprises, prestataires, usagers) et le développement d'initiatives communes en faveur de la transition écologique. Cet objectif traduit la volonté de l'aéroport de renforcer son engagement en matière de développement durable et de s'inscrire pleinement dans les enjeux environnementaux du secteur aérien.
Quels sont les défis auxquels votre secteur est confronté aujourd'hui ?
Guillaume Desmarets : la décarbonation de l'aviation est un objectif majeur pour notre secteur s'il veut survivre. Cela va passer par l'aviation électrique. Cette mutation va permettre de créer une activité différente, tournée vers l'aviation régionale, et permettra de voyager plus rapidement et surtout plus proprement.
Comment ces enjeux résonnent-ils dans le Vaucluse et la région ?
Guillaume Desmarets : notre enjeu est de prendre ce virage pour pouvoir accueillir et développer cette aviation de demain, qui sera plus respectueuse de l'environnement. Ce n'est absolument pas du « greenwashing » pour se donner bonne figure, mais bien une vision d'avenir vers laquelle l'aéroport d'Avignon veut aller.
Avec ce pôle, Avignon a réussi sa mue : elle n'est plus une ville « bout de ligne », mais une capitale de l'intelligence aéronautique.
En misant sur la sécurité, l'innovation et l'aviation décarbonée, la cité des Papes s'offre une place de choix dans le ciel du XXIe siècle. Et que les riverains se rassurent, le projet d'allongement de la piste est enterré, l'aéroport ayant fait sienne la maxime qui dit que « le juste nécessaire est suffisant ».