Semailles à Avignon : cultiver la terre pour reconstruire des parcours de vie
Depuis 1997, l’association Semailles accompagne des personnes éloignées de l’emploi grâce au maraîchage biologique. Implantée dans la ceinture verte d’Avignon, elle produit plus de 100 tonnes de fruits et légumes bio par an tout en développant des actions en faveur de la solidarité et de l’environnement.
Une association née d'une conviction forte
Dans la ceinture verte d’Avignon, les légumes bio poussent au rythme des saisons. Pourtant, derrière chaque récolte, une autre histoire se joue. Celle de femmes et d’hommes qui tentent de retrouver leur place dans le monde du travail. Depuis près de trente ans, l’association Semailles fait de l’agriculture biologique un outil d’insertion professionnelle et sociale.
Fondée en 1997, cette structure de l’Économie Sociale et Solidaire est aujourd’hui l’un des acteurs historiques du territoire avignonnais. Labellisée Jardin de Cocagne, elle conjugue production maraîchère biologique, accompagnement vers l’emploi et sensibilisation à l’environnement. Trois missions qui se nourrissent mutuellement et qui donnent tout son sens au projet porté par l’association.
À sa tête, Olivier Capgras rappelle que la vocation de Semailles reste inchangée depuis sa création : permettre à des personnes en difficulté de reprendre pied grâce à une activité concrète, utile et porteuse de sens.
Une aventure née au cœur de la ceinture verte
Lorsque Semailles voit le jour en janvier 1997, l’idée est simple mais ambitieuse : utiliser l’agriculture comme support d’insertion pour des personnes éloignées de l’emploi. L’association s’installe naturellement dans la ceinture verte d’Avignon, un territoire reconnu pour la richesse de ses terres agricoles.
Dès ses premières années, elle participe à la création du Réseau Cocagne, devenu depuis une référence nationale dans le domaine des jardins maraîchers solidaires. Les structures membres partagent une même conviction : l’activité agricole peut constituer un formidable levier d’inclusion sociale et professionnelle.
Bien avant que l’agriculture biologique ne s’impose dans les habitudes de consommation, Semailles fait le choix d’une production certifiée Ecocert. Cette orientation répond à une logique environnementale, mais aussi à une volonté de proposer une alimentation saine et locale à ses adhérents.
Au fil des années, l’association structure son activité économique. Les premiers paniers hebdomadaires voient le jour et sont distribués dans différents points de dépôt à Avignon et dans les communes voisines. Une démarche alors peu répandue, qui préfigure l’essor des circuits courts que l’on connaît aujourd’hui.
Quand le maraîchage devient un outil d’insertion
La production agricole n’est pourtant qu’une partie du projet.
Semailles appartient au secteur de l’Insertion par l’Activité Économique (IAE). Concrètement, l’association accueille des personnes confrontées à des difficultés professionnelles ou personnelles et leur propose un parcours d’accompagnement vers l’emploi durable.
Chaque année, plus de 60 personnes bénéficient ainsi d’un suivi personnalisé. Le travail dans les champs constitue un support concret pour reprendre confiance, acquérir des compétences et retrouver des repères professionnels.
Pour Olivier Capgras, la réussite du projet repose avant tout sur l’engagement humain.
La volonté est la seule force de Semailles. La volonté de vouloir s’en sortir pour les personnes en parcours vers l’emploi durable, mais aussi la volonté de celles et ceux qui les accompagnent.
Cette philosophie se retrouve dans une formule qui résume parfaitement l’identité de la structure : la culture du sol rejoint la culture de soi.
Au-delà des apprentissages techniques liés au maraîchage, les salariés développent des savoir-être essentiels à leur future insertion professionnelle : ponctualité, autonomie, travail en équipe ou encore gestion des responsabilités.
Une exploitation agricole engagée dans le bio
Aujourd’hui, l’association exploite 16 hectares de terres agricoles dans la ceinture verte d’Avignon. Cette surface permet de produire plus de 100 tonnes de fruits et légumes biologiques chaque année. Une production qui alimente plusieurs circuits de distribution de proximité et contribue au développement d’une alimentation locale.
Quelques chiffres illustrent l’ampleur de l’activité :
Chaque année, près de 15 000 paniers sont ainsi distribués à quelque 250 adhérents, que l’association appelle ses « consom’acteurs ». Ce terme reflète une approche particulière de la consommation : soutenir une agriculture locale, biologique et solidaire tout en bénéficiant de produits frais de saison.
Une solidarité qui dépasse les paniers de légumes
L’action de Semailles ne s’arrête pas à ses adhérents. L’association collabore également avec plusieurs acteurs de l’aide alimentaire, parmi lesquels le Secours Catholique, le Secours Populaire, la Croix-Rouge ou encore la Banque Alimentaire. Une partie de la production contribue ainsi à soutenir les personnes les plus fragiles du territoire.
Cette dimension solidaire s’est renforcée au fil des années, notamment face à l’augmentation de la précarité.
Pour lutter contre l’image parfois élitiste associée au bio, Semailles a développé des marchés solidaires de quartier permettant de proposer des produits de qualité à des tarifs adaptés aux foyers modestes. Une démarche cohérente avec son projet social initial.
Notre vocation est de permettre à chacune et chacun de trouver son autonomie, son pouvoir d’être et d’agir - résume Olivier Capgras.
Sensibiliser les générations futures
Très tôt, l’association comprend que la transition écologique passe aussi par la transmission.
C’est ainsi qu’un important volet consacré à l’Éducation à l’Environnement et au Développement Durable est progressivement mis en place. Un jardin pédagogique est créé afin d’accueillir des publics variés : scolaires, centres de loisirs, familles ou groupes associatifs.
Chaque année, plusieurs milliers de visiteurs découvrent le fonctionnement d’un écosystème agricole, les principes de la biodiversité, le cycle du vivant ou encore les enjeux d’une alimentation durable.
Les salariés en parcours d’insertion bénéficient également de cette ouverture culturelle. Des ateliers d’expression, des activités artistiques ou encore des projets de sensibilisation à l’environnement viennent compléter les apprentissages professionnels.
Un réseau de partenaires mobilisé depuis près de trente ans
Si Semailles a pu se développer durablement, c’est aussi grâce à un vaste réseau de partenaires.
L’association bénéficie du soutien d’institutions publiques telles que l’État, le Conseil départemental de Vaucluse, le Grand Avignon, plusieurs communes du territoire ainsi que l’Union européenne. Ces partenaires participent au financement des actions sociales et des investissements nécessaires à l’activité.
Le modèle économique de la structure repose aujourd’hui sur deux sources principales :
- environ 70 % de financements publics et privés sous forme de subventions ou de dons ;
- environ 30 % issus de la vente des légumes et des différentes activités économiques de l’association.
À ces soutiens financiers s’ajoutent de nombreuses formes de coopération : accueil de salariés en immersion professionnelle, mise à disposition de points de dépôt pour les paniers, dons matériels ou accompagnement technique.
Certaines entreprises et fondations soutiennent d’ailleurs Semailles depuis plusieurs décennies, preuve de l’ancrage durable de l’association dans le paysage local.
Le Vaucluse, un territoire favorable au projet
Pour Olivier Capgras, le développement de Semailles est intimement lié aux atouts du Vaucluse.
Le premier est évidemment agricole. La qualité des terres de la ceinture verte constitue un environnement particulièrement adapté au maraîchage biologique. Cette richesse naturelle participe directement à la qualité des productions de l’association.
Le second atout réside dans l’engagement des institutions locales et européennes. Les dispositifs de soutien à l’insertion professionnelle permettent à l’association de proposer un accompagnement renforcé aux personnes accueillies.
Enfin, le territoire bénéficie d’un réseau de transport qui facilite les déplacements des salariés en parcours d’insertion comme ceux des adhérents venant récupérer leurs paniers. Un élément souvent sous-estimé mais essentiel au bon fonctionnement quotidien de la structure.
Des défis économiques toujours présents
Malgré son expérience et son ancrage territorial, Semailles doit faire face aux mêmes difficultés que de nombreuses associations.
La question du financement demeure un sujet central. Le manque de visibilité sur les subventions à long terme complique parfois la planification des projets et des investissements.
Nous naviguons parfois à vue - reconnaît Olivier Capgras.
À cette incertitude s’ajoute un autre défi : maintenir l’équilibre économique d’une activité agricole dans un contexte où les marges restent limitées.
Le défi est double. Il faut à la fois garantir la viabilité d’une exploitation maraîchère biologique et poursuivre une mission d’accompagnement social exigeante. Dans un département où la précarité progresse, les besoins restent particulièrement importants.
L’humain au cœur du projet Semailles
Après près de trente ans d’existence, Semailles continue d’accompagner celles et ceux qui cherchent à retrouver un emploi, mais aussi une place dans la société.
Lorsqu’on lui demande quel conseil il donnerait à un jeune Vauclusien en situation de précarité professionnelle, Olivier Capgras répond sans détour :
Je lui dirais de venir à Semailles. Il découvrira des métiers valorisants, apprendra le travail en équipe et verra que le collectif est une force. On n’est pas seul dans sa galère - Olivier Capgras

Des parcours qui reprennent racine
Une phrase qui résume à elle seule l’esprit de l’association. Derrière les légumes, les paniers et les hectares cultivés, Semailles poursuit depuis 1997 une mission simple : permettre à chacun de reprendre confiance en ses capacités et de construire un nouvel avenir.