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Rencontre avec Antoine Degrou, fondateur d’EMD Solutions

Rencontre avec Antoine Degrou, fondateur d’EMD Solutions

Fondateur d’EMD Solutions à Cavaillon, Antoine Degrou accompagne les entreprises dans la valorisation des coproduits et la transition vers une économie plus circulaire. Entre innovation industrielle, ancrage local et enjeux énergétiques, il partage sa vision d’une industrie capable de concilier performance et respect des ressources.

EMD Solutions : la vision circulaire d’Antoine Degrou

À 43 ans, Antoine Degrou dirige EMD Solutions, une entreprise installée à Cavaillon spécialisée dans la valorisation des coproduits, l’ingénierie environnementale et l’économie circulaire. Docteur en sciences agronomiques, il défend une approche concrète de la transition écologique, entre innovation industrielle, gestion des biodéchets et ancrage territorial. Rencontre avec un entrepreneur convaincu que les déchets d’aujourd’hui peuvent devenir les ressources de demain.

 

Pouvez-vous présenter EMD Solutions et son activité ?

Antoine : EMD Solutions accompagne les entreprises dans la valorisation de leurs coproduits et dans l’optimisation de leurs process industriels. Notre métier repose sur quatre piliers : le conseil, l’ingénierie, la recherche et développement ainsi que les protocoles de diagnostic environnemental.

 

L’idée de départ est assez simple : nous produisons énormément de déchets alors qu’une partie importante pourrait être réutilisée, transformée ou valorisée. Nous vivons dans un contexte où les ressources naturelles s’épuisent et où les entreprises doivent aussi composer avec des contraintes réglementaires de plus en plus fortes.

 

Notre objectif est donc d’aider les industriels à transformer une contrainte environnementale en levier économique. Derrière chaque coproduit, il y a souvent un potentiel inexploité.

Quelle est l’histoire derrière l’entreprise ?

Antoine : j’ai toujours été sensible aux questions agricoles et environnementales. Très tôt, je me suis intéressé au gaspillage alimentaire et à la manière dont certains résidus pouvaient retrouver une valeur utile.

 

Avant de créer EMD Solutions, j’ai travaillé pendant quinze ans dans le pilotage de projets industriels complexes. Cette expérience m’a permis de comprendre le fonctionnement des process industriels mais aussi leurs limites énergétiques et environnementales.

 

Créer l’entreprise en 2025 n’a donc rien d’une reconversion improvisée. C’est plutôt l’aboutissement d’un parcours cohérent entre sciences agronomiques, industrie et environnement.

 

Pourquoi avoir choisi Cavaillon pour développer votre activité ?

Antoine : je suis originaire de Cavaillon. J’ai étudié à Avignon puis à Marseille, mais je suis resté très attaché à ce territoire.

 

Le Vaucluse possède un tissu agroalimentaire particulièrement dense. Entre les exploitations agricoles, les coopératives et les industriels, c’est un terrain pertinent pour expérimenter des solutions liées à l’économie circulaire.

 

Le département a aussi cette capacité à faire dialoguer agriculture, industrie et recherche scientifique. Pour une structure comme la nôtre, c’est un vrai avantage.

Nos compétences sont universelles, mais notre action reste locale - Antoine Degrou, Président de EMD Solutions

Quelles sont les compétences qui distinguent EMD Solutions ?

Antoine : Notre principale force repose sur l’humain et sur notre réseau d’experts. Nous travaillons avec plusieurs partenaires spécialisés en méthanisation, biochimie, procédés industriels ou encore gestion environnementale.

 

Cette organisation nous permet de rester agiles tout en apportant des compétences très techniques aux entreprises que nous accompagnons.

 

Nos interventions s’articulent autour de trois grands axes :

 

- l’environnement, avec la collecte et l’audit des biodéchets ;

- la méthode, à travers l’accompagnement QHSE et la R&D ;

- le développement industriel, notamment sur la conception de lignes de production et les phases de montée en échelle.

Mettez-vous en avant un savoir-faire local ?

Antoine : Oui, d’une certaine manière. Les problématiques environnementales sont mondiales, mais nous travaillons au quotidien avec des entreprises du territoire.

 

Depuis l’entrée en vigueur de la loi AGEC, le tri à la source des biodéchets est devenu obligatoire pour les professionnels. Beaucoup d’entreprises locales cherchent aujourd’hui des solutions concrètes pour se mettre en conformité.

 

Nous intervenons justement sur cette partie-là, avec une approche adaptée aux réalités économiques locales.

 

Y a-t-il un projet dont vous êtes particulièrement fier ?

Antoine : Au-delà de l’aventure entrepreneuriale elle-même, je suis fier de notre approche autour de la “cascade de valorisations”.

 

Concrètement, un même coproduit peut connaître plusieurs niveaux de transformation. Certaines entreprises se limitent au compostage, ce qui est déjà utile. Mais il est parfois possible d’aller beaucoup plus loin.

 

Nous pouvons accompagner un industriel jusqu’à l’extraction de molécules d’intérêt utilisées ensuite dans la cosmétique, la pharmacie ou la chimie verte. C’est cette logique de montée en valeur qui nous intéresse.

 

Comment travaillez-vous avec les acteurs locaux ?

Antoine :  Nous échangeons régulièrement avec des structures de recherche et des institutions régionales.

 

Nous collaborons notamment avec le CTCPA, l’Université d’Avignon ou encore l’INRAE d’Avignon. Ces liens sont importants parce qu’ils permettent de connecter les entreprises locales aux avancées scientifiques récentes.

 

L’innovation environnementale ne peut pas fonctionner en vase clos. Elle nécessite des passerelles entre recherche, industrie et territoire.

La recherche scientifique joue un rôle central - Antoine Degrou, Président de EMD Solutions

À quoi ressemblerait un Vaucluse plus attractif selon vous ?

Antoine : Je pense qu’il faut accélérer la réflexion autour de l’économie circulaire et de la régénération des sols.

 

Aujourd’hui, seulement une petite partie de l’économie mondiale fonctionne réellement sur un modèle circulaire. Pourtant, les solutions existent : valorisation énergétique, biogaz, biochar, réemploi des matières organiques…

 

Le vrai défi reste culturel. Il faut faire comprendre qu’un écoproduit peut devenir une source de valeur économique.

Quels changements aimeriez-vous voir émerger dans le département ?

Antoine : J’aimerais voir davantage de confiance et d’optimisme.

 

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Mais rester focalisé uniquement sur les difficultés ne permet pas d’avancer. Le territoire dispose de ressources, de compétences et d’entrepreneurs engagés.

 

Le dynamisme passe aussi par l’état d’esprit collectif.

Quels sont les grands enjeux de votre secteur aujourd’hui ?

Antoine : Il y en a principalement trois.

 

D’abord, l’énergie. L’industrie représente une part importante des émissions nationales et énormément de chaleur est encore perdue dans les process industriels. Cette “chaleur fatale” pourrait pourtant être récupérée et valorisée.

 

Ensuite, il y a la réglementation. Beaucoup d’entreprises perçoivent encore les obligations environnementales comme des contraintes alors qu’elles peuvent aussi devenir des leviers de financement et d’innovation.

 

Enfin, l’enjeu porte sur la transformation du modèle industriel. Nous devons sortir progressivement d’un système linéaire basé sur “extraire, produire, jeter”.

Comment ces enjeux se traduisent-ils dans la région ?

Antoine : Le coût de l’énergie fragilise de nombreuses PME industrielles.

 

Des équipements vieillissants entraînent souvent des pertes énergétiques importantes. Nous réalisons donc des audits permettant d’identifier des pistes d’économies parfois très significatives.

 

Au-delà de la facture énergétique, il y a aussi une question de compétitivité. Les entreprises qui anticipent aujourd’hui les mutations environnementales seront probablement plus solides demain.

Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur qui se lance ?

Antoine : Le premier conseil est de croire profondément à son projet. L’entrepreneuriat demande beaucoup d’énergie et les résultats ne sont pas toujours immédiats.

 

Il faut également savoir s’entourer et utiliser les réseaux d’accompagnement existants. Beaucoup de structures peuvent aider un créateur d’entreprise à éviter certaines erreurs.

 

Et surtout, il faut persévérer. Les débuts sont parfois longs avant d’obtenir les premières retombées concrètes.

Le Vaucluse dispose de nombreux atouts pour entreprendre - Antoine Degrou, Président de EMD Solutions

Selon vous, quelles sont les forces du territoire ?

Antoine : Le Vaucluse bénéficie d’un réseau d’accompagnement solide. Des structures comme la CCI de Vaucluse, Vaucluse Provence Attractivité ou le Réseau Entreprendre jouent un rôle utile pour les créateurs d’entreprise.

 

Le territoire possède aussi une position géographique intéressante, entre grands axes logistiques et bassins agricoles.

 

Et il y a un point dont on parle peu : la qualité des infrastructures télécoms. Aujourd’hui, disposer d’un internet performant est devenu indispensable, y compris dans l’industrie.

 

La transition écologique doit rester profondément humaine

 

La technologie et l’ingénierie sont importantes, mais elles ne suffisent pas à elles seules. La transition écologique se construit aussi avec les entreprises, les salariés et les territoires qui font vivre l’économie au quotidien.